
Insolite Sylvie, étalagiste recyclée dans les chapeaux dans l'Aude
Les premières minutes, il se peut fort bien que vous ressembliez à un cageot. Qui ne le serait pas, affublé d'un morceau de papier alvéolé pour transporter les pêches autour de la tête ? Un quart d'heure plus tard, dans le miroir, c'est une tout autre histoire. Vous voilà la plus belle, chapeautée d'un couvre-chef unique né du mariage inattendu de matériaux recyclés.
L'entremetteuse s'appelle Sylvie Vernières. Filet à légumes, boîtes d'œufs, sacs plastiques, élastiques, films transparents... L'artiste unit « tout ce qui peut s'agrafer. » Ainsi, quand vous lui offrez des fleurs, elle garde le papier cristal qui les enveloppe. Le sachet des carottes ne finit jamais à la poubelle, et l'été venu, elle harcèle son maraîcher pour qu'il lui garde les plateaux de pêches. Ces fameux papiers plastifiés cloqués qui servent d'armature au chapeau.
Après, c'est l'inventivité qui coiffe au poteau toute technique académique de chapelière. Sylvie Vernières farfouille dans sa malle de magicienne le petit morceau de tulle qui fera la différence, la fleur en tissu qui endimanchera la coiffe, le fil de fer qui donnera une touche d'espièglerie.
Elle va et vient, de ses tiroirs à la tête de sa cliente, et s'exécute avec une facilité déconcertante. Le sourire toujours aux lèvres. « J'y prends tellement de plaisir que j'ai presque honte de dire que je travaille », s'excuse Sylvie Vernières.
L'artiste a quitté les vitrines des grands magasins parisiens où elle était étalagiste pour s'installer à Treilles. Dans une maison qu'elle a agencée avec des meubles en carton, tous créés par ses soins ! Dans le voisinage, tout le monde connaît Sylvie Vernières et ses drôles de chapeaux, et il n'est pas rare qu'une voisine vienne frapper à sa porte pour lui amener une chute de velours ou de voile de rideau qui finira en ruban.
L'artiste n'hésite pas, non plus, à solliciter les magasins de décoration pour récupérer, là des fleurs en plastique dont la tige a cassé, ici une guirlande un peu déchirée. « Des objets qui sont invendables car abîmés, mais qui font très bien mon affaire, jubile Sylvie Vernières. J'en coupe un bout, et le tour est joué. »
Quand elle doit chapeauter toutes les têtes d'un mariage, la néo-Treilloise peut aller acheter des matériaux « plus nobles », mais au final, les agrafes restent son « plus gros budget » annuel !
Le quart d'heure a passé. Oublié le papier alvéolé des pêches, sa cliente est désormais coiffée d'un couvre-chef solaire, souriante face au miroir. Sylvie Vernières peut passer à une autre tête. Et ainsi de suite, trois heures durant, mais pas plus. « Après, je suis épuisée », confie-t-elle. Il suffit d'un regard pour que l'inspiration lui vienne. Sylvie vernières n'a même pas besoin de parler avec son modèle pour déceler son caractère, et le chapeau qui lui siéra. Et d'évoquer le petit garçon de huit ans à qui elle avait fait un couvre-chef.
« Il était tellement content. J'y allais, j'y allais, j'y accrochais des bouches, et encore des bouches, récupérées sur un rideau de fils ,se souvient-elle, émue. Sa maman est arrivée et m'a dit : "C'est drôle que vous ayez mis des bouches. Il a été opéré d'une fente palatine quand il était plus jeune. » Encore aujourd'hui, Sylvie Vernières en a les larmes aux yeux. C'est ce que l'on appelle être habité par sa passion.


















